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    En Tunisie, la démission du premier ministre aggrave la crise politique - Les Pharaons

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    Elyes Fakhfakh était sous la pression du parti islamo-conservateur Ennahda, qui avait mis en avant des soupçons de conflit d’intérêts pour tenter de le censurer.

    Le chef du gouvernement tunisien, Elyes Fakhfakh, a présenté sa démission, mercredi 15 juillet, à la demande du président, Kaïs Saïed. Ce social-démocrate de 47 ans aura ainsi assumé l’un des mandats les plus brefs depuis la révolution de 2011 : cinq mois seulement.

    La requête de Kaïs Saïed ne tient pas d’un désaveu vis-à-vis d’un chef de gouvernement qu’il avait lui-même choisi. Pour le chef de l’Etat, il s’agit surtout de prendre de court le parti islamo-conservateur Ennahda, membre de la coalition gouvernementale, mais dont certains élus avaient lancé une motion de censure contre Elyes Fakhfakh. Si celle-ci avait été adoptée, c’est le parti dirigé par Rached Ghannouchi, actuellement président du Parlement, qui se serait arrogé le droit de nommer son successeur. Kaïs Saïed conserve donc cette prérogative.

    Elyes Fakhfakh, alors premier ministre, devant le Parlement à Tunis, le 25 juin.

    Ennahda, qui comptait six ministres au gouvernement, était en froid avec M. Fakhfakh et se préparait à le destituer. Le parti d’inspiration islamiste justifiait son hostilité par les soupçons de conflit d’intérêts pesant sur le chef du gouvernement. Ancien cadre de Total, M. Fakhfakh se voyait reprocher d’avoir pris ses fonctions tout en possédant des parts dans des entreprises ayant décroché des contrats publics. Une enquête a été ouverte.

    Soubresauts politiques

    Pour faire adopter sa motion de censure, Ennahda comptait sur des formations politiques elles-mêmes imprévisibles et controversées. Son premier soutien est le parti Qalb Tounès, dirigé par Nabil Karoui, fondateur de la chaîne de télévision Nessma et actuellement poursuivi pour blanchiment d’argent et évasion fiscale. Ce parti a perdu un tiers de ses élus quelques mois après les élections. Ennahda est aussi suivi par la Coalition de la dignité, une formation conduite par Seiffedine Makhlouf, un avocat qui s’est fait connaître en défendant des commanditaires d’attentats et en multipliant les sorties polémiques. Avec cette stratégie, Ennahda s’est isolé des autres courants politiques.

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    La coalition sortante, composée du parti islamo-conservateur et d’autres formations regroupant des sociaux-démocrates, des nationalistes arabes ou des centristes, était fragile dès sa constitution. « Nous ne sommes pas entrés dans ce gouvernement de gaieté de cœur », confirme Oussama Sghaier, un élu d’Ennahda.

    Arrivé en tête des élections d’octobre 2019, mais avec à peine un cinquième des sièges, le parti avait échoué à réunir une majorité autour du chef de gouvernement de son choix, Habib Jemli. L’impasse avait laissé le champ libre à Kaïs Saïed pour s’impliquer dans le processus gouvernemental et proposer le nom de M. Fakhfakh.

    Pour Hichem Ajbouni, du Courant démocrate, « Ennahda avait l’intention de faire tomber ce gouvernement dès le jour où il a pris ses fonctions ». N’ayant pas pu « placer ses hommes », le mouvement a tout fait pour achever cette équipe, estime M. Ajbouni.

    Perspectives économiques plus que moroses

    Cette crise politique survient au plus mauvais moment. Si la Tunisie a traversé sans trop de dommages l’épidémie de Covid-19, avec seulement 50 décès recensés, les perspectives économiques sont plus que moroses. Le produit intérieur brut devrait chuter de 6 % en 2020, l’endettement se creuse dangereusement tandis que le secteur du tourisme – une source cruciale d’emplois et de devises étrangères – est quasi au point mort. Sur le plan sécuritaire, l’escalade des ingérences étrangères dans la Libye voisine exerce une tension permanente.

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    Des négociations vont désormais débuter pour former un nouveau gouvernement, un processus dans lequel Kaïs Saïed jouera à nouveau un rôle de premier plan. Preuve de la volatilité de la situation, les six ministres qu’Ennahda comptait au gouvernement, dont celui de la santé, Abdellatif Mekki, l’un des hommes orchestres de la lutte contre le Covid-19, ont été limogés mercredi soir. Et plusieurs formations politiques qui siégeaient avec Ennahda au conseil des ministres ont commencé à s’associer pour retirer la confiance au président de l’Assemblée, Rached Ghannouchi.

    Equipe Les Pharaons



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