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    Bénin/ Opinion Pr. Roch Gnahoui David relève des obstacles à la vérité politique - Les Pharaons

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    Dans l’espace politique, la vérité est considérée comme une denrée rare. Les acteurs politiques seraient prédisposés à mentir. Dès lors, au nom de la politique, l’acteur politique peut mentir et être soutenu par ses partisans pourtant prêts à se rebeller contre d’autres mensonges décelés en d’autres circonstances. Dans l’imaginaire collectif, le politique est donc un menteur. D’ailleurs, au Bénin, tout le monde s’accorde à dire sans gène que ” les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient”.

    Dans une réflexion aux allures scientifiques, le professeur de droit, Doyen de la Fadesp, Roch Gnahoui David, a systématisé la problématique de la vérité en politique. L’homme de droit met en lumière les notions de vérité politique, de vérité philosophique et de vérité juridique. Le professeur distingue la vérité ordinaire qui revêt un sens au plan éthique et moral de la vérité politique. A l’en croire, il y a des raisons évidentes pour lesquelles, le politique peut s’empêcher de dire la ” vérité politique “.
    Lire la réflexion de Roch Gnahoui David

    La vérité politique n’est pas la vérité philosophique mais quid de la vérité juridique ?

    La quête de la vérité est le but même de la philosophie. Le vrai constitue avec le beau et le bien une valeur absolue pour Platon. Mais qu’est-ce que la vérité et comment y accéder si l’on ne veut pas la confondre avec la réalité (ce qui est physique, concret, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif). Au surplus qu’est-ce que la vérité lorsque l’on est dans le domaine politique ? La politique échappe -t-elle à l’exigence de vérité ?
    La vérité est considérée soit comme un jugement conforme à son objet (la vérité correspondance), soit comme un jugement non contradictoire (la vérité cohérence). La vérité n’est pas l’opinion. Elle s’oppose à l’erreur. Dans un sens pratique, elle s’apparente à la véracité c’est-à-dire le fait de dire la vérité qui alors s’oppose au mensonge.

    Elus pour représenter ses concitoyens, les hommes politiques doivent pouvoir établir une relation de confiance entre eux et le peuple. Une sorte de contrat social ainsi mis en avant, obligeant à faire preuve d’honnêteté et de véracité. Le politique ne peut donc pas a priori faire exception au devoir de véracité. « Quand la vérité manque, utilise un proverbe pour la trouver » (proverbe nigérian).
    L’exercice, la conquête et l’occupation du pouvoir conduisent à des stratégies qui laissent croire, que vouloir tout dire dans la transparence entraine des échecs cuisants voire une déstabilisation de l’ordre établi.

    Certes, l’exercice du pouvoir a pour but l’instauration et la préservation d’une société ordonnée, stable, si possible juste. Mais la recherche de cette stabilité implique qu’il faut éviter de tout dire pour préserver l’ordre social. Les secrets d’Etat (défense, sécurité, diplomatie etc.) démontrent à n’en plus douter que bien parfois, il est impossible de dire la vérité sinon reporter celle-ci pour plus tard. « En disant la vérité, on peut se faire une très mauvaise réputation » (Proverbe allemand). « Dis la vérité et tu seras pendu. » (Proverbe persan).

    Lorsqu’on occupe déjà le pouvoir, il est tout aussi évident qu’à l’approche de nouvelles élections, que certaines informations stratégiques soient tues et que des décisions soient prises soit dans l’intérêt d’un groupe ou soit dans l’intérêt de la nation. La vérité politique qui sous-tend ces décisions, n’a rien à voir avec une quelconque vérité philosophique laquelle privilégie la morale et l’éthique. C’est ce qui justifie que dans un parti politique, l’on soit amené à choisir un candidat hors du parti, ou bien que le ténor du parti choisisse de briguer à nouveau un autre mandat. C’est ce qui justifie, par ailleurs, qu’on aille chercher un vieux briscard pour prétendre à un espoir de reconquête du pouvoir (suivez mon regard). Ces décisions fondées sur une vérité politique ne peuvent être comprises de personnes accrochées à une philosophie éthique. Cela n’a rien à voir avec la démocratie, rien à voir au demeurant avec la Constitution d’un Etat, avec le droit, ce qu’il convient d’appeler la vérité juridique. Cette dernière pourrait même être mise à l’écart et participer le moment venu à l’énoncé et à la justification de la vérité politique.

    A vouloir, au surplus, expliquer ces décisions, on y perdrait son verbe et son temps tant le labyrinthe dans lequel on s’engouffre paraît un précipice sans fin. Ce n’est ni une question de bonne foi ou de mauvaise foi. C’est une nébuleuse galactique. Cette vérité politique est à mettre au compte de la politique de haut niveau (haut vol), celle qui vous fait planer et atteindre des sommets et des objectifs mais également celle qui peut vous faire vivre un crash garanti avec des conséquences dommageables.
    De toute façon « qui ne sait rien, de rien ne doute » (Pierre Gringore) et « rien ne dure et pourtant rien ne passe. Et rien ne passe justement parce que rien ne dure » (De Philip Roth). Pour la paix, la vérité politique n’est-elle pas un outil nécessaire et légitime ?
    La réflexion se poursuit……

    *Pr. Roch Gnahoui David*

    Dios CHACHA



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