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    Bénin/Société : Le marketing réseau: les arcanes d’une arnaque “pyramidale” qui échappe à tout contrôle - Les Pharaons

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    Dios CHACHA

    La vente multiniveau ou, selon qui l’emploie, marketing relationnel, marketing à paliers multiples, vente en réseau par cooptation, vente par réseau coopté, marketing de réseau, est présentée par les uns comme le système le plus adéquat au 21e siècle pour gagner de l’argent. Hormis le principe premier du système qui est de tutoyer la richesse en un laps de temps et miroitée aux recrues, le marketing réseau est perçu par beaucoup de Béninois comme un système parallèle à la pyramide de Ponzi où les nouveaux sont ‘’grugés’’ par les plus anciens qui sont en réalité les plus grands profiteurs jusqu’au jour où le système devient saturé. Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ce système, votre journal s’est plongé dans les arcanes, parfois obscures, du marketing de réseau.

    Vous avez sûrement déjà vu passer ces annonces aux promesses presque trop belles pour être vraies sur les réseaux sociaux. Pour ceux qui n’auraient pas eu la curiosité de cliquer dessus, la proposition consiste souvent à devenir distributeur d’un produit et d’en faire la promotion auprès de son réseau, en attendant sagement que les Francs Cfa s’accumulent. C’est ce que l’on appelle plus communément du marketing de réseau.
    Bien qu’il soit assez difficile de dire précisément qui est à l’origine du concept, on situe les débuts du marketing de réseau autour des années 40, aux Etats-Unis. Certains en attribuent l’origine à David Mcconnell, fondateur de la société américaine Avon, d’autres à Carl F. Rehnborg, fondateur de California Vitamins. Quoi qu’il en soit, le principe de base reste le même : il s’agit de vendre un produit à travers un réseau de distributeurs particuliers, et non à travers des points de vente. Le but d’une telle stratégie est simple : réduire au maximum le nombre d’intermédiaires entre l’usine et le consommateur. Pour le vendeur indépendant qui travaille pour ladite entreprise, il s’agira à la fois de vendre les produits à des clients mais aussi d’aider l’entreprise à recruter d’autres distributeurs, comme lui. Il deviendra alors leur parrain et touchera une commission sur les ventes de ses “filleuls”.
    Dans ce système, la course au gain est ce qui motive le plus même si aujourd’hui, les promoteurs ont tendance à cacher cet aspect et à mettre en avant la vente et la distribution de divers produits dont notamment des compléments alimentaires, vu que les déceptions se font de plus en plus enregistrer.
    Les avantages ici, contrairement, aux entreprises ordinaires sont nombreux, selon Mathieur Dégbèlo, promoteur d’un réseau depuis près de dix ans. « Il élimine les coûts liés au recrutement, à la formation et à la publicité qui s’opère de bouche à oreille », explique-t-il. Il explique, sans langue de bois, le mode de fonctionnement de son système qu’il croit plus dynamique, venu pour restaurer la valeur du travail des salariés qui sont souvent, à l’en croire, payés en deçà de l’effort fourni. Il ne nie pas la recherche effrénée du gain souvent miroité aux aspirants mais soutient que même les entreprises ordinaires, pour la plupart, promeuvent le marketing de réseau sous différentes formes et très souvent déguisé pour permettre à certains hauts responsables, les administrateurs d’avoir des ristournes financières en dehors de l’activité officielle. Ce à quoi le simple employé n’a pas droit en dehors de quelques maigres primes et avantages qui ne sont toujours pas à la hauteur du travail effectué. Pour lui, c’est ce mode de fonctionnement que le marketing de réseau combat et veut donner la chance à l’employé, même au plus bas de l’échelle, de gagner de l’argent tel qu’il travaille. «Le gain financier est intéressant. Ça m’a permis d’arrondir les bords pour m’acheter un véhicule et entreprendre beaucoup d’autres projets », lâche-t-il, fièrement.

    Prenons l’exemple de Céline Assogba, infirmière dans une clinique à Bohicon. Pour arrondir ses fins de mois, Céline a décidé de devenir distributrice pour une marque de cosmétiques. Elle a donc investi dans un petit stock de produits, suivi une formation dispensée par la marque, et la voilà prête à vendre ! C’est désormais à elle d’organiser des démonstrations chez elle, de promouvoir les produits sur les réseaux sociaux, et de convaincre des prospects d’acheter ses cosmétiques. Mais son job ne s’arrête pas là. Car outre les revenus générés par ses ventes, Céline touche aussi une commission sur les ventes de ses “filleuls”. Pour gagner plus, il est alors dans son intérêt d’étendre au maximum son réseau. Et c’est là que les choses se corsent.
    De nos investigations, ce système, pour beaucoup de Béninois, se présente comme une vieille arnaque déguisée en système de vente révolutionnaire qui échappe à tout contrôle.

    Un investissement sans lendemain

    Adrien Cossi Lima, qui a expérimenté un réseau, s’est très tôt fait son idée sur ce système et a décidé d’arrêter après quelques mois. Elle raconte sa mésaventure qui a démarré par un séminaire comme c’est le cas généralement pour beaucoup d’aspirants. <<Nous étions une centaine à participer à des assises dans un hôtel à Cotonou. Les gens de ce réseau nous ont expliqué que leur société commercialise deux produits. Le Bio Disc d’une part, un filtre qui permettrait “d’énergiser l’eau” et présenté comme un remède miracle. Le ChiPendant d’autre part, un pendentif qui éloignerait les mauvaises ondes (portable, micro-onde, etc.) et qui permettrait d’améliorer sa forme de façon spectaculaire>>, a-t-il laissé entendre. A cet effet, explique-t-il, on nous a expliqué que revendre ces produits pouvait nous rendre riche. L’achat du premier Bio Disc, ou du premier ChiPendant, est certes très onéreux, 325 000 F CFA (495 euros) mais, selon eux, nous pourrons rentrer rapidement dans nos frais. Car dès que nous recrutons deux personnes pour revendre ces produits, nous gagnons 30 000 F CFA. Ensuite, nous touchons une commission sur chaque nouveau revendeur que nous attirons, mais aussi sur les revendeurs qu’eux même auront recruté. D’après eux, on peut ainsi devenir riche très vite. Ils nous ont d’ailleurs affirmé que 2 000 personnes vendaient déjà leurs produits au Bénin. Le hic est que, chaque mois, il doit acheter un produit avant de pouvoir activer son compte et avoir accès à sa plateforme. Une complexité et un blocus qu’elle ignorait royalement. Elle avait l’impression qu’elle perdait de l’argent et avait des difficultés à convaincre d’autres qui résistaient à son message, a-t-elle confié. «Il n’y a personne pour me faire gagner de l’argent. Chaque jour, c’est moi qui enrichissais les autres», s’est-elle offusquée après avoir compris que ce sont les premiers qui gagnent dans le système et que les derniers servent juste à augmenter leurs cagnottes.
    Lors de notre enquête, des membres de plusieurs réseaux tels que Master et Highlife S.A ont tenté en vain de nous appâter avec leur système. Ils vous invitent dans un hôtel quatre étoiles de Cotonou où les leaders de ces réseaux convient très souvent leurs membres, les néophytes et les aspirants à leurs activités. Ce sont des séminaires animés par d’éminents orateurs qui tentent de vous appâter avec de grands noms tels que Robert Kiyosaki qui seraient partis de rien pour devenir riches.
    Pour Victorien Gnigla, la trentaine environ et vivant à Cotonou, « les objets commercialisés par ces sociétés de réseau marketing sont présentés comme des remèdes miracles, sans bien sûr que leur efficacité soit prouvée scientifiquement ». Mais là n’est finalement pas le problème, car c’est le système de vente lui-même qui est frauduleux. A l’en croire, l’arnaque touche surtout les plus pauvres, ceux qui rêvent de devenir riche rapidement. « L’arnaque participe en outre à la destruction du tissu familial. Car c’est auprès de leur famille et de leurs amis que les vendeurs de ces réseaux tentent de recruter des revendeurs. Ils poussent souvent leurs proches à s’endetter et se retrouvent responsables de leurs problèmes financiers lorsque la pyramide s’écroule », va-t-il expliquer.
    Le docteur Albert Honlonkou, professeur de Sciences économiques à l’Université d’Abomey-Calavi, souligne également l’aspect d’appauvrissement du système pour les Africains et révèle la manipulation dont font l’objet les jeunes à qui des richesses virtuelles en un laps de temps sont miroitées. «Richesse, ils ne la connaîtront jamais de cette manière. Mieux, ils vont s’appauvrir davantage. On travaille pour gagner sa vie », soutient l’économiste. Son opinion est à l’antipode du point de vue des promoteurs du marketing réseau.

    Nul besoin d’ouvrir un bureau

    Ces structures disposent d’une méthode très efficace pour se développer dans un nouveau pays. Nul besoin d’ouvrir un bureau. Celles-ci commencent par organiser une réunion d’informations, le plus souvent dans un hôtel. Elles attirent ses premiers vendeurs en leur offrant notamment des tarifs préférentiels. Une fois ces premiers vendeurs recrutés, la viralité du système fait le reste. Ces structures transfèrent ensuite rapidement ses bénéfices hors du pays, avant que le nombre de vendeurs soit trop important, que la pyramide s’effondre et que le scandale éclate. Et tout cela sous le regard impuissant de nos autorités.

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