ALERTE :

    Enquête sur la mode au Bénin : Défis et Perspectives - Les Pharaons

    mode

    Gloria DJEBOU (Stagiaire)


    Ces dernières années, l’industrie de la mode a connu au Bénin un essor considérable. Toutefois, ce secteur est confronté à des obstacles qui entravent sa prospérité. Le dynamisme des acteurs de la mode et la volonté manifeste de l’État d’accompagner ceux-ci permettent d’envisager un bel avenir pour la mode au Bénin.

    L’industrie de la mode est un monde d’innovation qui évolue constamment. Le luxe, les dernières tendances, la Haute Couture, les défilés, les variétés de matières textiles et la créativité dont elle regorge attirent de nombreuses personnes qui aspirent y faire carrière. C’est le cas des jeunes stylistes, photographes de mode, couturiers et mannequins qui intègrent régulièrement ce secteur auquel ils consacrent leur talent.

    Selon M. GNIMAVO Mike, CEO de l’agence Power Models << La mode béninoise est si attrayante parce que l’industrie de la mode aujourd’hui a ouvert ses portes à tout le monde.[…]Un jeune ambitieux rêve de l’extérieur! Il rêve de comment faire les grands podiums, travailler avec les grands photographes, avoir de grands contrats avec les acteurs de l’industrie de la mode béninoise et internationale.>>.

    Mais  avant de parvenir à son évolution actuelle, la mode béninoise n’a pas toujours été utilisée à des fins esthétiques. En effet, avant l’avènement du textile, le style vestimentaire traditionnel était basé sur l’usage des écorces, du cuir, des fourrures d’animaux, etc… Ces vêtements assuraient la protection des parties intimes des béninois qui préféraient orner les autres parties de leur corps avec des perles, des tatouages, des cicatrices et des bijoux. Ces pratiques leur permettaient entre autres, de mettre en exergue leur appartenance ethnique, de magnifier une divinité et de mettre leur corps en valeur. Au fil du temps, les béninois ont commencé à produire leur propre tissu et à changer de style d’habillement. C’est ainsi que la production du pagne “kanvô”(fil de lin en langue Fon) et la création de nouveaux styles vestimentaires (bomba,bayavi,barami,damchiki,DT,monidjesu,soyoyo,agbada) ont fait leur apparition et ont commencé à dominer la mode du pays. Avec le temps, la créativité béninoise dans le domaine de la mode s’est enrichie d’influences d’autres pays africains,des pays d’Asie et des pays de l’Occident.

    Un tournant important

    Aujourd’hui, l’industrie de la mode est caractérisée par l’usage de tissus multicolores, de broderies et de bijoux en perles. L’influence de la mode africaine et occidentale a permis la métamorphose du style traditionnel béninois en style tradi-moderne. Il en a découlé de nouvelles créations (style goodluck,vestes,chemises et robes en pagne) ainsi que le remodelage de styles préexistants (¾ pointinini, agbada sur-mesure). En plus, la jeunesse qui se conformait au style occidental, porte de plus en plus les tenues tradi-modernes. C’est ce que traduisent les propos suivants de M.TCHIHOUNDJRO Leriche, un vendeur de tissu goodluck:<< Depuis quelques années beaucoup de jeunes s’habillent en tenues traditionnelles, ils n’aiment pas seulement les tissus goodluck mais aussi les guipures, les basins getzner et autres>>>. D’après lui, les causes de cette transition vestimentaire sont l’influence qu’exercent les stars et les réseaux sociaux sur la jeunesse et l’envie de paraître mature à travers l’habillement.

    L’industrie de la mode est aussi encouragée par l’État béninois qui a récemment consacré le mois de juillet à la mode. C’est dans ce cadre qu’il a initié “La nuit de la mode” (soirée réservée à la mise en valeur des talents du pays). Selon BOKO Maryse, une jeune mannequin béninoise, cette action <<encourage et pousse les personnes de ce domaine à travailler pour élever la mode au Bénin>>.

    De nouveaux acteurs

    Des événements célébrant la mode sont également organisés par des promoteurs et des associations. C’est le cas de “Bénin Fashion Week”,  “SOB Fashion Week” et “Oyémi Fashion Show”. On assiste à la création de centres de formation et d’écoles de mode comme l’ École de Stylisme de Design et Accessoires de Mode (ESDAM) et MM&Elles Institut. De leur côté, les stylistes s’associent aux artistes pour mettre le style tradi-moderne en exergue dans les musiques vidéos et concerts.

    En ce qui concerne le mannequinat, le CEO de l’agence Power Models affirme:<< Les mannequins ne sont plus harcelés comme avant. Les acteurs de cette industrie sont devenus plus raffinés et professionnels>>. De plus, ce développement observé dans la mode occasionne l’émergence du pagne ” kanvô” dans l’industrie locale du textile. Le commerce basé sur la vente de ce pagne, se répand. Mme.ABDOULAYE Leïla, créatrice de la marque MÔODA confectionne des vêtements avec le “kanvô”. D’après elle,<< le “kanvô” a un énorme potentiel et peut être un véritable vecteur de développement>>. Elle compte montrer à tous qu'<<avec le pagne tissé, on peut aussi être très élégant>>. Il est évident que l’industrie de la mode a connu des progrès ces dernières années mais elle présente toujours des insuffisances.

    Vieux clichés

    En effet, les acteurs de la mode sont confrontés au manque de mécénat et d’assistance financière provenant de l’État dans la concrétisation de leurs projets. Ils s’investissent donc corps et âme dans ce secteur qui pour mieux prospérer a besoin d’un financement soutenu. A ce sujet, la mannequin ADEOCHOUN Karamath affirme:<< L’Etat ne s’implique pas assez dans ce domaine[…] On sort ses propres fonds, on est prêt à s’investir pour réussir sinon ce n’est pas la joie>>.M. GNIMAVO confirme ces propos << Nous ne sommes pas soutenus par le gouvernement béninois, il n’y a pas de subvention pour les agences sérieuses qui veulent aider les jeunes amoureux de cette industrie>>. A ce problème s’ajoutent les préjugés sur le monde de la mode.

    En effet, l’industrie de la mode est souvent qualifiée de frivole et superficielle. Ces perceptions sont basées sur un extrémisme par rapport au respect des valeurs traditionnelles béninoise qui prônent un habillement modeste. Mlle BOKO qui en a fait le constat déclare: << Au Bénin, le mannequin est très souvent considéré comme un plaisantin, quelqu’un qui n’a pas d’autres options.>>.

    Les acteurs de ce domaine sont aussi confrontés au manque de suivi des diplômés des écoles de mode. C’est le cas de M.OGUNESSAN Samuel, styliste et créateur de la marque OSA qui après avoir obtenu son Diplôme Technique Métier Mode Vêtement (DTMMV) n’a pas pu poursuivre ses études. Il dit à ce sujet << Il n’y a plus la possibilité pour moi de continuer mes études selon ma spécialité à l’université. C’est un blocage, cela veut dire que je me forme mais je n’ai pas la possibilité de me former davantage, de poursuivre mes études>>. Il dénonce également le fait que les grands événements de mode présentent les créations de stylistes de renom sans s’intéresser à ceux moins connus en vue de les encourager.

    L’industrie du textile quant à elle, est confrontée à l’absence d’usines de transformation de coton en tissu. C’est ainsi que le coton produit au Bénin est vendu à d’autres pays qui le transforment en produit fini et le revendent aux béninois. En dépit des difficultés rencontrées, l’avenir de l’industrie de la mode au Bénin s’avère prometteur. En effet, les acteurs de la mode ne se découragent pas ; au contraire, ils innovent et se préparent pour la prospérité internationale de la mode béninoise. Il en est ainsi pour Mme. ABDOULAYE qui a pour objectif de <<faire du Bénin (et plus généralement, de l’Afrique) le carrefour de la mode. Elle compte faire de sa marque MÔODA << le ZARA africain>>.

    M.OGUNESSAN quant à lui, envisage l’extinction du style vestimentaire européen au Bénin au profit du style tradi-moderne.<< J’ai pour objectif que dans toutes les rues, on s’habille en tradi-moderne, en pagne africain qui reflète nos valeurs>> affirme-t-il.

    Les jours d’après

    D’autres acteurs de la mode se donnent la mission <<d’ouvrir de grands prêt-à-porter>>, <<d’impacter la jeunesse à travers la mode>> et  << de montrer que le monde de la mode n’est pas un club de dépravation>>. C’est le cas de M.GNIMAVO, du couturier M. HOUNTON Basile et de son homologue M.GODONOU Gilbert. Il ne faut pas oublier que le Bénin dispose d’acteurs de la mode faisant sa fierté à l’extérieur. A cet égard on peut citer M.AMOUSSOU Charlemagne créateur de la marque Lolo Andoche, Mme SODOGANDJI Marianne, etc…

    Basée à New-York, Mme SODOGANDJI Marianne est une styliste modéliste d’origine bénino-nigériane. Inspirée par ses racines Fon et Yoruba et son amour pour son pays natal le Bénin, elle crée en 2014 la marque ELDIOR SODECK. Ses créations réalisées avec les pagnes africains impressionnent la population américaine qui en raffole. Selon elle,<< la créativité dans les modèles, l’authenticité, la qualité dans la production et le service client qui en suit les attire et les ramène>>. Parmi ses clients les plus célèbres, elle compte Cardi B, Davido, Yémi Aladé, Krami et Deontay Wilder. Mme. SODOGANDJI est aussi impliquée dans l’industrie de la mode béninoise. Elle est co-fondatrice de l’organisation “Straight Out of Benin”(SOB) qui <<permet d’aider les talents au Bénin>> en exposant leurs dernières créations, les tendances actuelles et futures. Elle a pour but <<de rendre le Bénin célèbre>>. Mme.SODOGANDJI est un exemple parmi tant d’autres acteurs béninois de la mode qui cherchent à valoriser la culture du Bénin et à hisser son drapeau très haut sur l’échiquier international. L’avenir de la mode au Bénin se révèle remplie de promesses.

     

     

    Equipe Les Pharaons


    2 comments

    • Mwezoun

      24 septembre 2020 at 12 h 32 min

      C’est qui est remarquer de nos jours est que la jeunesses africaine commence par aimé et porté Afrique. C’est un bon début pour l’épanouissement du continent

      Reply

    • Silvia

      24 septembre 2020 at 12 h 52 min

      C’est vrai, les jeunes changent de mentalité actuellement ✅

      Reply

    Leave a Reply

    Your email address will not be published. Required fields are marked *


    Qui sommes-nous?

    Les PHARAONS est  un  quotidien béninois paraissant au Bénin , disponible également dans une  version en ligne.

    Fondé depuis 2004, le journal paraît pour la première fois la même année mais s’arrête à 8 numéros seulement.  Il sera repris en 2014  avec une équipe de jeunes journalistes rompus à la tâche.


    Contactez-Nous

    Appelez à tout moment