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    TRIBUNE. DE L’UNION À L’UNITÉ AFRICAINE : UN RÊVE EN ATTENDANT - Les Pharaons

    Version 2

    Il y a 58 ans, l’empereur Haïlé SELASSIE 1er a créée l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et a présidé sa naissance ; c’était le 25 mai 1963. Depuis le 9 juillet 2002, cette organisation a disparu laissant la place à une autre institution communautaire, l’Union Africaine (UA). De l’union à l’unité, toute une philosophie.

    L’Afrique est un continent en perpétuelle mutation. Sa forme change au gré des enjeux du moment et sa dynamique ne peut plus être à présent niée. Seulement parler d’Afrique comme un bloc ou une entité homogène pourrait induire un biais dans la compréhension de sa structuration. Il conviendrait donc de parler des Afriques. En effet, le berceau de l’humanité a connu un peuplement différencié de son territoire au fur et à mesure des échanges, des migrations, voire des invasions.

    Cette grégarité originelle sera plus tard, en passant sur des siècles d’histoire, à nouveau restructurée par les frontières issues de la conférence de Berlin qui commence le 15 novembre 1884 et finit le 26 février 1885. Cette conférence qui a eu pour conséquence immédiate la balkanisation du continent, en créant quelquefois de petits espaces géographiques difficilement gérables de façon autonome. Des pays démographiquement ou économiquement ne peuvent pas constituer un marché endogène. C’est l’exemple de la Gambie qui ne se tient que sur 10 689 km2, la Guinée-Équatoriale sur 28 051 km2 ou encore la Guinée-Bissau qui fait 36 126 km2. Plus globalement, et en ne prenant en compte que les pays d’Afrique continentale, seize (16) font moins de 200 000 km2. Certes, de grands ensembles existent et qui dépassent le million de km2, mais ces pays le doivent à leur histoire particulière et pour certains à l’espace pris sur le Sahara. C’est dire que l’Afrique est un espace hétérogène sur tous les plans (géographique, économique, sociologique, culturel, etc.).

    Or, ce bloc bigarré ne peut pas favoriser le développement endogène de chaque pays. Il faut admettre que le problème ne se posait pas aux puissances colonisatrices qui, elles, servaient de liant et pouvaient exploiter dans chaque pays sous son joug les ressources et les compétences dont elles avaient besoin.

    Hormis le Libéria (26 juillet 1847), l’Afrique du Sud (31 mai 1910), l’Égypte (28 février 1922) et l’Éthiopie (5 mai 1941), la décolonisation des pays africains a véritablement commencé à la sortie de la Seconde Guerre mondiale par la Lybie le 24 décembre 1951 pour s’achever par le cas particulier de la Namibie qui a quitté le joug de l’Afrique du Sud le 21 mars 1990.

    Dès leur accession à l’indépendance, certains pays ont rejoint des organisations intergouvernementales afin de garder un lien avec l’ancienne puissance coloniale. C’est par exemple  le cas des pays africains, anciennes colonie anglaise, qui ont rejoint le Commonwealth. Les autres doivent alors trouver le moyen, de poursuivre la décolonisation totale du continent, mais également de trouver une dynamique de développement autonome.

    L’union faisant la force, émergent les premières tentatives de création d’organisations communautaires. La plus dynamique et la plus aboutie a été OUA. Elle a porté un rêve, une philosophie puis une volonté économique et politique. Son socle c’était le panafricanisme. Les chantres de ce mouvement rêvaient d’une Afrique unie, incluant la diaspora pour asseoir son développement sur des bases endogènes. C’est issu du constat que les frontières étroites et la disparité structurelle des pays risqueraient de créer une concurrence interne nuisible à une indépendance pérenne des nouveaux états.

    D’ailleurs, dès 1947, Kwamé NKRUMAH, celui qui va devenir le président de la Gold Cost (actuel Ghana) s’adressait déjà aux peuples par ces mots : « La longue, longue nuit est morte ! Peuples colonisés et peuples opprimés du monde entier, unissez-vous ! » Cette formule quasi révolutionnaire démontre en creux les aspirations idéologiques d’une Afrique qui se rêve déjà au rang des Nations qui l’ont colonisé.

    Mais les pays présents étaient déjà divisés sur la nature de la structure communautaire qui va naitre. Les partisans du fédéralisme, menés par Kwame Nkrumah, se sont affrontés aux tenants d’une « Afrique des États » conduits par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor. Ils imposèrent une vision de l’organisation qui serait un outil de coopération, et non d’intégration entre les États.

    Pour construire l’Afrique postcoloniale, plusieurs regroupements régionaux et sous-régionaux vont naitre et connaître des fortunes diverses ; quelques-uns mort-nés, d’autres menant mollement leur existence et certaines dynamiques et efficientes.

    Depuis la chute du mur de Berlin et la fin des deux blocs, la mondialisation rentre dans une phase plus active. L’idée d’un monde sans frontières s’impose avec une pression concurrentielle portée par le néolibéralisme. Dans ce contexte, l’Afrique qui peinait à faire son unité doit désormais rajouter un inconnu à son équation.

    Partant, le rêve de l’unité continentale va muter. Les différentes tentatives communautaires vont faire le tombeau de l’unité africaine. De façon plus prosaïque, l’Afrique va chercher une alternative pour son développement et opter pour l’unité.

    De l’Organisation de l’Unité Africaine à l’Union Africaine

     L’Afrique à la différence des autres continents est rentrée relativement tard dans la démarche communautaire. La raison est simple, hormis le Libéria, l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et l’Égypte les autres pays étaient encore colonisés. Le 25 mai 1963 naquit l’organisation de l’Unité Africaine à Addis-Abeba en Éthiopie. Il faut dire que la création de ce type de structures est prévue à l’article 53 de la charte de l’ONU ; les pays africains dès leur indépendance y ont adhéré de façon quasi systématique. Mais au-delà il faut reconnaitre que l’OUA portait sous-jacent, d’autres aspirations : servir d’« agora » aux nouvelles Nations souveraines pour la réalisation d’un destin commun. Ses objectifs étaient alors la promotion de l’unité et de la solidarité entre les États, la défense de leur souveraineté, de leur intégrité territoriale et de leur indépendance et l’éradication de toute forme de colonialisme sur le continent africain. Cette noble aspiration n’a pourtant pas été reçue de la même façon par tous les États. En réalité, les objectifs déclinés ont fait l’unanimité. La pierre d’achoppement reste sur la forme. Pour les pionniers du panafricanisme qui ont légué leur philosophie à l’OUA, Marcus GARVEY, George PADMORE, Kwamé NKRUMAH, Nnamdi AZIKIWE ou Julius NYERERE, il faut aller vers une gouvernance africaine avec une structure centrale à laquelle chaque pays serait fédéré.

    Ceci pose au minimum deux problèmes :

    – D’abord, les nouveaux pays indépendants n’avaient aucune envie de se remettre sous la suprématie d’une super puissance même africaine. Car OUA est en réalité un outil du panafricanisme. Or, ce mouvement est une idéologie englobante qui derrière la façade économique et du développement intègre la culture, la normalisation de l’idéologie politique ou la lutte anticoloniale. Il faut rappeler à cet effet que certains pays sont restés dans le giron de l’ancien colonisateur.

    – Ensuite la disparité économique. Tous les pays n’ont pas négocié leur souveraineté de la même façon. Des alliances ont été nouées par certains avec les anciens occupants, d’autres pays comme le Libéria ou l’Éthiopie n’ont pas été réellement des colonies et ont connu des suprématies sous la forme d’une coopération. Il faut y rajouter les pays ayant des ressources minières et des matières premières à négocier.

     

    Bien sûr, on peut rajouter les pluralismes tribaux, les spécificités historiques et culturelles ou les différences linguistiques. Pas seulement de la langue officielle (français, anglais, portugais et l’arabe), mais les multitudes de langues endogènes. Le nombre de langues en Afrique est généralement estimé à environ 2 000 (Fon, Minan, Ewé, Lingala, Swahili…) je pense même que c’est largement sous-estimé.

     

    Il faut comprendre que les pays n’arrivent pas à la table de négociation avec les mêmes motivations, même si l’aspiration à l’unité est largement partagée. Alors, quoi faire ? C’est justement ce qu’est devenue l’OUA, un forum d’échanges et de partage pour penser philosophiquement l’Afrique de demain. Mais ceci ne nourrit pas son homme. Il a fallu en faire au moins une institution au service du développement. Oui, on s’entend sur le fond, mais pas sur la forme. Donc il faut travailler la forme. De fait, deux conceptions se sont affrontées. Le continentalisme et la régionalisation. À Addis-Abeba en 1963, c’est le régionalisme qui a gagné. Le supranationalisme cher à NKRUMAH et aux pères du panafricanisme a échoué et la charte de l’OUA qui a été adoptée fut le résultat d’un grand compromis.

     

    C’est ensuite à Abuja au Nigéria que sera abordé un autre tournant, celui du développement en 1991. C’est là que nait la CEA (Communauté Économique Africaine). C’est la naissance du marché commun africain. Mais passons et venons à l’émergence et au retour du panafricanisme version Kadhafi.

     

    En effet, dans les années 90 par le truchement du président Libyen Mouammar KHADAFI, émerge de nouvelles théories et propositions panafricanistes. En septembre 1999 lors du sommet extraordinaire de Syrte (Libye), il présenta un texte dont la vocation est clairement la création des États-Unis d’Afrique. Sa proposition très structurée proposait la nomination de ministres de la Défense, de l’Économie et de la Communication. Elle portait également en creux et in fine un président africain que certains pouvaient penser qu’il le voulait pour lui. Échec à nouveau, car à Lomé au Togo en 2000, cette voie n’a pas été adoptée à la création de l’Union Africaine (UA). Pour les mêmes raisons, la divergence entre les fédéralistes et les adversaires de la supranationalité.

     

    2004 Khadafi remettra à l’ordre du jour l’idée d’une fédération. Il était appuyé par Alpha Oumar Konaré.

    En 2005, à Abuja il sera à nouveau mis en minorité. Il a été néanmoins nommé un comité de chef d’État pour travailler sur le sujet, le comité des sept. Rien n’y fit.

     

    Bref, jusqu’aujourd’hui, l’UA ou sa mère OUA ont accepté une coopération entre les peuples, mais jamais une fusion. Les mots ont un sens, hier c’était la volonté de « l’union » aujourd’hui la volonté de l’« unité ». En 1963 l’Afrique voulait une unité, c’est-à-dire être un et aujourd’hui sa vocation est de s’unir, prendre dans l’ensemble ce qui proche de chacun ou ce dont chacun a besoin pour constituer le socle de mon propre développement. Le rêve des États-Unis d’Afrique ne s’est pas pour autant éloigné. Une nouvelle génération de chefs d’État nait et y pense encore.

    Equipe Les Pharaons



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