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    Bénin/Loi sur l’avortement « L’Etat est laïc, il n’a de révérence à faire pour (…) un dogme », Miguele Houeto s’adresse aux corps religieux - Les Pharaons

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    Coincé entre deux segments sociaux portés par des conservateurs qui ne veulent rien concéder sur les valeurs identitaires du béninois et les progressistes qui souhaitent réduire les décès tragiques de jeunes filles dans la fleur de l’âge, le débat sur la légalisation de l’avortement au Bénin est loin de faiblir même après l’adoption de la loi n°2021-12 relative à la modification de la loi n°2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction en République du Bénin. Dans la nouvelle mouture de la loi, objet des folles critiques dans le corps social, ce sont les nouvelles modalités suivant lesquelles les femmes peuvent décider d’aller vers une interruption volontaire de grossesse qui font débat. Il s’agit des raisons liées à la détresse matérielle, éducationelle, professionnelles et morales que les femmes peuvent désormais évoquer pour obtenir un avis médical aux fins d’avorter. Pas question, s’exclament certains citoyens dont la voix a été amplifiée par les leaders des différentes confessions religieuses. Pour l’église catholique par exemple, cette loi qui légalise l’avortement plonge le Bénin dans une culture de la mort. La Conférence épiscopale du Bénin avait d’ailleurs appelé, « au nom de Dieu» les députés à rejeter le projet de loi légalisant l’avortement. Cet appel a été boycotté par les députés qui ont adopté la loi dans la nuit du 20 au 21 octobre 2021 à l’unanimité. Exprimant son regret et en réaction à la loi légalisant l’avortement, la Conférence épiscopale du Bénin a lancé une journée de jeûne et prière pour le vendredi 29 octobre prochain. « La loi sur l’avortement ne règle aucun problème», a réagi de son côté le professeur David Koffi Aza, prêtre du Fâ. Selon lui, cette loi devra être rapportée car l’avortement crée un déséquilibre dans la société et présente de graves conséquences fâcheuses au plan spirituel. Le prêtre du Fâ explique que les femmes ayant déjà avorté sont hantées et sont obligées de recourir aux services des pasteurs, bokonôns et autres afin d’avoir la paix de l’esprit. D’autres confessions religieuses ont aussi marqué leur profond désaccord sur cette loi qui légalise l’avortement au Bénin. Sur l’émission Face-à-face de la chaîne Bi-News ce lundi 25 octobre 2021, Miguele Houeto juriste- spécialiste des droits humains et présidente de l’ONG Human Rights Priority (HRP) a tenu à repréciser le sens de l’État. Elle fait savoir que les béninois sont caractérisés par une diversité de pensées, de religions et de croyances. En dépit de ces traits distinctifs, Miguele Houeto fait savoir que « l’espace public » dans lequel se côtoient les Béninois n’est pas hostile au brassage mais dans le respect des particularités. « Le principe fondamental qu’il faut toujours avoir à l’esprit, c’est que l’État est laïc. L’état du Bénin a fait l’option de la laïcité. Ça veut dire que l’Etat n’a de révérence à faire ni pour une religion qu’elle soit chrétienne, qu’elle soit endogène ni pour un dogme quel qu’il soit. À partir de ce moment, l’État se met au dessus de la mêlée, au dessus des opinions, des différentes critiques que l’on peut entendre», a analysé Miguele Houeto. Cependant, la juriste estime que l’on peut comprendre les réactions critiques de certains acteurs en raison de leurs croyances religieuses. « Ça peut se comprendre, seulement que les gens gardent à l’esprit que nous sommes dans un État laïc et que en tant que tel, aucune religion, aucune entité ne devrait, officiellement dans l’espace public, avoir vocation à s’imposer à l’État.», a martelé Miguele Houeto. Il ne s’agit pas, dit-elle, d’un « coup de force». La juriste demande aux acteurs religieux de dépassionner le débat et de faire autrement le combat. « Dans les chapelles, dans les confessions, continuons de travailler à éduquer les enfants, à éduquer les mères, les hommes, de sorte qu’il n’y ait pas de grossesses qui surprennent (pour que l’on soit obligé d’aller vers l’avortement, Ndlr)», a conseillé Miguele Houeto, présidente de l’ONG Human Rights Priority (HRP).

    Dios CHACHA



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