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    Egalité des chances en matière d’éducation : Le handicap, un facteur aggravant de vulnérabilité des enfants dans leur scolarisation - Les Pharaons

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    Au Bénin, dans un contexte où l’égalité des chances en matière d’éducation demeure un défi, le handicap constitue l’une des causes majeures d’absentéisme, de déscolarisation ou encore du décrochage scolaire de certains enfants. Pourtant, le droit à l’éducation pour tous les enfants, quel que soit leur handicap, est un droit fondamental. D’aucuns dressent le constat déplorable d’une situation où les enfants en situation de handicap constitue la catégorie des enfants la plus exclue du milieu scolaire. Malgré des bonnes volontés indéniables des différents acteurs du système éducatif du Bénin quoique ponctuelles, le bilan est loin d’être reluisant en matière de scolarisation des enfants en situation de handicap au Bénin. Enquête :

    Il est 9h12min ce vendredi 05 novembre 2021. Nous sommes au Foyer DON BOSCO de Porto-Novo, un centre qui accueille de jeunes enfants ayant abandonné l’école pour cause de handicap. Sosthène Sossa, la quinzaine environ, a les yeux rivés sur le tableau du Cours moyen deuxième année. Ce matin-là, il suit des cours dits « accélérés ». Pour lui, ce centre lui a offert une chance de poursuivre ses études après son abandon de l’école il y a de cela trois ans. « L’école que je fréquentais n’était pas adaptée au handicap que je traine. C’était un vrai calvaire. Du coup, mes parents m’ont demandé d’abandonner. J’ai alors grand intérêt à profiter de cette dernière chance ». Ces propos de l’adolescent en disent un peu plus sur les raisons de son abandon des cours. Bien que nombre de traités internationaux interdisent toute exclusion ou restriction dans les politiques éducatives, le système éducatif béninois se heurte encore, malgré les nombreux efforts des différents acteurs, à des disparités de nature diverse. En effet, le traitement infligé aux enfants en situation de handicap ne leur permet pas de bénéficier d’un environnement favorable à leur éducation.

    Néanmoins, même si l’éducation inclusive est encore un concept très peu développé au Bénin, plusieurs actions sont déjà mises en œuvre pour favoriser son effectivité. On peut ainsi citer la loi 2003-017 qui stipule que l’école doit « sauvegarder l’égalité des chances pour tous » ou encore les différentes lois qui protègent les personnes handicapées. Selon le Président de l’Association des Jeunes Juristes du Bénin (AJJB), Lazard HOUNSA, c’est pour toutes ces raisons que conformément à la convention internationale sur le droit des personnes en situation de handicap, la loi n° 2003-17 du 11 novembre 2003 portant Orientation de l’Education Nationale en République du Bénin va créer la brèche en mettant à la charge de l’État, l’obligation de sauvegarder l’égalité des chances pour tous à l’école. A la suite de ces dispositions législatives, indique le juriste, la loi 2015-08 du 23 janvier 2015 portant code de l’enfant en République du Bénin est venue poser les bases en instituant l’obligation de la prise en charge des enfants à besoins spécifiques. Toutefois, c’est la loi 2017-06 portant Protection et promotion des droits des personnes handicapées en République du Bénin qui met en place un véritable cadre juridique de promotion de l’éducation inclusive. Elle dispose entre autres que toute personne handicapée bénéficie d’un accompagnement psychosocial, d’une réadaptation et d’une éducation fonctionnelle. De plus, elle prévoit que l’État doit garantir le droit à l’éducation, à l’enseignement et à la formation aux personnes handicapées. « L’éducation est gratuite et inclusive en milieu ordinaire pour les enfants et adolescents handicapés dans les établissements scolaires publics. Aucun établissement scolaire ne peut refuser son accès à une personne handicapée du fait de son handicap », a ajouté Lazard Hounsa. Cependant, le juriste note qu’il n’existe pas encore de décrets d’application de la loi 2017-06 portant protection et promotion des droits des personnes handicapées au Bénin. Pour lui, il serait fort intéressant que l’Etat et toute la communauté donnent un contenu réel à l’application de cette loi.
    À ces différentes lois s’ajoutent les actions de différentes organisations nationales et internationales dont le Forum des Organisations de Défense des Droits et ses partenaires. À en croire Maxime Agoua, Chargé de Programmes du Réseau des Structures de protection des Enfants en Situation Difficile (ReSPESD), il existe, ici et là sur le territoire national, des structures dites de seconde chance (écoles et centres de formations professionnelles publics comme privés) pour les enfants en situation de handicap ou des enfants ayant abandonné l’école pour des raisons liées à leurs handicaps.

    Les enfants handicapés doivent pouvoir trouver leur place

    L’humanisme d’une communauté se mesure à l’aune de l’intérêt qu’elle accorde à des couches vulnérables telles que les enfants en situation de handicap. L’École inclusive vise à assurer une scolarisation de qualité pour tous les élèves de la maternelle au lycée par la prise en compte de leurs singularités et de leurs besoins éducatifs particuliers. D’où la nécessité de faire feu de tout bois afin que ceux-ci trouvent leurs places au sein de la société. Ainsi, les décideurs politiques pourraient dans leur projet de société se pencher sur la situation de ces enfants pour qu’à défaut d’une école, on ait une classe inclusive, de façon à leur donner une chance de bénéficier de l’éducation au même titre que les autres enfants. Pour cela, « il suffit de prendre les dispositions au niveau des écoles de formation des enseignants », estime sœur Léonie. « L’Église catholique y pense déjà avec l’École normale d’instituteurs de Natitingou où le projet est à ses débuts. Ainsi, un enfant sourd-muet pourrait aller à l’école de son quartier comme tout autre enfant de son âge », a-t-elle indiqué. Sœur Léonie note également un autre aspect essentiel : « L’État doit tenir compte de ces enfants à besoins spécifiques qui sont aussi Béninois et qui doivent jouir de leurs droits ». Elle invite aussi des personnes de bonne volonté à se montrer solidaires à l’égard des enfants en situation de handicap. D’ailleurs, insiste-t-elle, « le diocèse de Cotonou réfléchit à comment intégrer toutes les spécificités de handicap dans son plan pastoral, mais il faut du temps pour cibler des personnes capables de porter le projet en vue d’impulser le changement dans toute l’Église ». Pour le président de l’association des parents d’élèves, Epiphane Azon, « nous avons le devoir de dénoncer ces pratiques qui minent encore certaines régions de notre pays, et collaborer avec les institutions et organisations internationales qui traitent de la situation des enfants handicapés, redoubler d’efforts dans nos actions en faveur des enfants pour plus d’inclusion, plus d’amour, plus d’équité afin que chaque enfant puisse jouir de son droit à une éducation inclusive et de qualité quel que soit son handicap ».

    Le handicap, un obstacle à l’éducation inclusive ?

    Le handicap, fut-il de type lourd ou léger, est un fardeau, un poids moral pour toute personne qui le porte et pour sa famille. Ceci est d’autant avéré à l’égard des enfants qui abandonnent l’école alors même qu’ils ne sont pas moins doués que leurs pairs sans handicap. Une question se pose : le handicap peut-il être perçu comme un obstacle à l’éducation inclusive ? A cette question, Maxime Agoua du ReSPESD a fait savoir, qu’entendu comme une limitation de possibilités d’interaction d’un individu avec son environnement, donnant lieu à des difficultés psychologiques, intellectuelles, sociales et/ou physiques, le handicap peut se révéler comme un obstacle voire un frein à la réalisation du droit à l’éducation. D’où l’idée de promouvoir, dans chaque société, au profit des personnes en situation de handicap, un système éducatif qui se veut inclusif.

    Nécessité d’infléchir la courbe              Maxime Agoua du ReSPESD

    « Soyons sincères et disons-nous la vérité, le handicap est l’une des principales causes d’exclusion au Bénin ». C’est par ces mots que le sociologue Achille Sodégla introduit l’exclusion dont sont victimes les enfants en situation de handicap en milieu scolaire, toute chose qui constitue un obstacle à l’éducation inclusive. En réponse à la stigmatisation faite envers les personnes handicapées qui entrainent victimes d’exclusion, le sociologue pense qu’il faut œuvrer pour atteindre les groupes exclus et marginalisés afin de permettre aux plus jeunes de développer leur plein potentiel. Il est nécessaire, selon lui, que tous les acteurs du système éducatif contribuent à la mise en place de projets qui visent à permettre aux enfants et aux adolescents d’accéder à des apprentissages favorables à leur autonomie et à leur autodétermination. « Il faudra aménager des écoles adaptées aux enfants en situation de handicap, les former davantage, mettre en place une formation universitaire d’éducateurs spécialisés. Et nous ne devons pas perdre de vue l’idée selon laquelle des systèmes éducatifs inclusifs peuvent à leur tour favoriser des sociétés plus inclusives », a-t-il dit.

     

    Dans le même ordre d’idées, le Chargé de Programmes du Réseau des Structures de protection des Enfants en Situation Difficile, Maxime Agoua a livré quelques pistes pour infléchir la courbe du nombre des enfants en situation de handicap abandonnant l’école. Pour lui, il importe que l’Etat, en lien avec la Politique Nationale de Protection de l’Enfant (PNPE), définisse et applique une stratégie nationale d’accompagnement des enfants en situation de handicap au Bénin. Aussi, préconise-t-il que les parents, le corps d’encadrement (les enseignants) et la communauté tout entière développent de l’empathie à l’endroit des enfants en situation de handicap pour leur faciliter la vie. Par ailleurs, souligne-t-il, les infrastructures éducatives doivent être aux normes (répondre aux besoins spécifiques des enfants en situation de handicap : des rampes, des toilettes adaptées, etc.). En définitif, toutes ces actions permettront, à en croire Maxime Agoua, d’intégrer davantage les enfants handicapés dans le système éducatif au Bénin. Il est donc nécessaire d’œuvrer pour que les enfants en situation de handicap poursuivent une scolarité dans un établissement ordinaire ou dans un établissement adapté, quelle que soit la nature du handicap, sa gravité et le besoin de prise en charge médico-sociale. C’est la condition primordiale à remplir par une nation qui se veut émergente car le droit à l’éducation devant être garanti à tous les enfants, le système éducatif se doit d’être inclusif pour favoriser l’avènement d’une société inclusive à visage humain.

    Dios CHACHA



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    Les PHARAONS est  un  quotidien béninois paraissant au Bénin , disponible également dans une  version en ligne.

    Fondé depuis 2004, le journal paraît pour la première fois la même année mais s’arrête à 8 numéros seulement.  Il sera repris en 2014  avec une équipe de jeunes journalistes rompus à la tâche.


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