ALERTE :

    Bénin/Législatives 2023 Ces 20 députés qui devraient renoncer à se représenter - Les Pharaons

    assemblée 1

    Cyrille LIGAN

    L’écharpe tricolore aura été usée jusqu’à la corde. Sous le poids d’une série de mandats, le vert, le jaune et le rouge, jadis éclatants, deviennent de plus en plus ternes sur leurs épaules. Il faut le reconnaître, une quinzaine d’années à l’Assemblée nationale vous donnent une finesse inégalable en politique. Mais à trop s’y accrocher comme Gollum, le pouvoir conféré par les mandats à rallonge peut émousser la fraîcheur du bon sens. Quitte à transformer leur mandat en règne, une vingtaine d’élus devront donc renoncer à rempiler en 2023. Non pas parce que la députation n’est pas une profession, mais parce qu’il en va de la vitalité démocratique. Ces vingt, ce sont ces petites mains qui façonnent la politique législative depuis 2007 pour certains, et 2011 pour d’autres.
    A neuf mois des prochaines échéances, ils appréhendent avec pessimisme leur avenir. Et c’est de bonne guerre. Une incertitude entretenue par les dirigeants de partis, guère pressés de leur dire s’ils ont leur ticket pour les prochaines législatives ou s’ils doivent préparer leur retour dans la société civile. Difficile donc de prédire s’ils feront partie de la prochaine législature. Mais le devoir de sagesse et le sens de l’honneur voudraient qu’ils ne prolongent pas leur séjour au parlement. Tant ils en ont fait pour ce pays que tout le mérite leur reviendra s’ils partent d’eux-mêmes à la fin du mandat en cours. Nul besoin de leur rappeler que l’article 80 nouveau de la loi du 7 novembre 2019 portant révision de la constitution du 11 décembre 1990, qu’ils ont eux-mêmes voté, limite désormais le mandat du député à trois quinquennats maximum.
    Si cette disposition constitutionnelle s’appliquait en l’état dès la prochaine élection et rétroactivement, c’est-à-dire en prenant en compte les mandats déjà effectués, les vingt députés en cause seraient étiquetés persona non grata à l’Assemblée nationale. Selon le décompte, ils représentent presque le quart de l’actuelle législature et sont tous de la mouvance présidentielle. Sept d’entre eux en sont à leur quatrième mandat complet d’affilée. Ceux-ci ont ainsi siégé durant les quatre dernières législatures. Ni vétérans comme les sept, ni novices comme la plupart de leurs pairs parlementaires, les treize autres ont entamé leur troisième mandat en 2019. Dans ce lot, on distingue ceux qui ont eu des mandats successifs pour les trois dernières législatures et ceux qui ont eu trois mandats discontinue pour les quatre dernières législatures.

    Même si les mandats déjà effectués ne devraient pas être pris en compte, ces vingt élus devraient jeter l’éponge en 2023 afin de permettre aux jeunes générations d’avoir une chance de participer à l’animation de la vie politique. Car, dans les rangs inférieurs, les critiques se font mezza vocce. Forts de leurs expériences politiques et de leur popularité dans leurs fiefs respectifs, le forfait des « anciens » serait sans doute plus compréhensible. Aussi, pourraient-ils et devront-ils d’ailleurs s’ériger en modèle pour ces jeunes qui ont la noble ambition de porter la voix du peuple à l’hémicycle, en se positionnant aux postes de suppléance sur les listes électorales.
    Certes, l’invite est à rebours des pratiques habituellement observées, car les circuits du pouvoir sont truffés de chausses trappes dans lesquelles pourrait tomber tout politicien dépourvu de convictions. Et c’est pour éviter ce piège gourmand que la limitation du nombre de mandats dans le temps à trois maximum pour un député, une des propositions-chocs du gouvernement Talon dans le cadre de son projet de réforme des institutions, s’est traduite par une disposition constitutionnelle contre la professionnalisation de la fonction de député. D’ailleurs, l’article 80 précédemment cité prévoit aussi que tout mandat impératif est nul. C’est donc le moment pour ces 20 députés, tous issus de la mouvance présidentielle, de prouver par leurs actes qu’ils sont en phase avec les réformes amorcées par le gouvernement Talon comme ils aiment le faire croire.
    Par ailleurs, il est une catégorie de députés qui devraient également renoncer à se représenter. Souvent perdus dans les débats parlementaires, ceux-ci n’en sont peut-être pas à leur troisième mandat. Néanmoins, pour redorer le blason de l’institution et l’honorabilité de la fonction, il est plus que nécessaire d’en éloigner tous ceux qui doutent de leurs capacités à assumer leurs missions. Si le temps des députés dormeurs, des députés tamtameurs et des députés mangeurs d’arachide semble révolu, il est aussi de bonne augure que le peuple remercie à en 2023 les députés qui vont au parlement pour le simple acte de présence. Être député, c’est un sacerdoce quotidien.

    Équipe Pharaons



    Qui sommes-nous?

    Les PHARAONS est  un  quotidien béninois paraissant au Bénin , disponible également dans une  version en ligne.

    Fondé depuis 2004, le journal paraît pour la première fois la même année mais s’arrête à 8 numéros seulement.  Il sera repris en 2014  avec une équipe de jeunes journalistes rompus à la tâche.


    Contactez-Nous

    Appelez à tout moment