Après quatre décennies d’interdiction, la bière pourrait revenir dans les tribunes du football anglais. Andy Burnham défend un assouplissement de la loi de 1985, qui interdit de boire de l’alcool à portée de vue du terrain lors des matchs masculins. À l’approche de la quarantaine anniversaire du texte, il juge la différence de traitement avec les autres sports difficile à justifier.
La perspective divise toutefois les acteurs du football. Les autorités de police rappellent le rôle de l’alcool dans certains comportements violents, tandis qu’une expérimentation menée dans le championnat féminin n’a pas entraîné d’incident notable. Son bilan favorable, notamment sur les dépenses des supporters, relance le débat : faut-il étendre cette autorisation aux stades masculins, ou maintenir une réglementation conçue après les violences des années 1980 ?
Alcool dans les stades anglais : pourquoi le bannissement pourrait évoluer
Adopté en 1985, le Sporting Events (Control of Alcohol etc.) Act visait à répondre à une période marquée par de graves violences et des affrontements entre supporters. Depuis, la consommation d’alcool reste possible dans les enceintes, mais elle est interdite dans les zones où la pelouse est visible.
En pratique, les spectateurs peuvent acheter une bière aux buvettes et la boire dans les coursives ou les espaces hors de vue du terrain, avant de regagner leur siège. Andy Burnham estime que cette règle traite les fans de football différemment de ceux d’autres sports. Son argument porte donc autant sur l’équité que sur la pertinence d’une mesure héritée d’un autre contexte.
Une loi née des violences des années 1980
Le cadre légal a été instauré après plusieurs incidents graves, dont certains ont coûté la vie à des supporters. La baisse des violences dans les stades anglais s’explique par plusieurs mesures de sécurité mises en place au fil des années ; l’interdiction de boire près du terrain en fait partie.
Le risque n’a pas totalement disparu. Les affrontements entre hooligans russes et anglais à Marseille, pendant l’Euro 2016, ont rappelé que les tensions autour du football peuvent déborder largement des tribunes. Pour la UK Football Policing Unit, l’alcool demeure un facteur susceptible d’aggraver les comportements violents ou perturbateurs.
Football féminin : un test sans incident notable
Un précédent nourrit aujourd’hui les discussions. Depuis deux saisons, une expérimentation a autorisé la consommation d’alcool à proximité du terrain dans 14 stades des deux premières divisions de la Women’s Super League.
La compétition a ensuite annoncé la généralisation de cette possibilité. Les joueurs et les officiels n’ont pas signalé de changement notable dans le comportement des spectateurs, tandis que les dépenses moyennes consacrées à la nourriture et aux boissons ont progressé. Ce bilan apporte des éléments concrets au débat, sans garantir à lui seul qu’une extension au football masculin produirait les mêmes effets.
Une extension au football masculin encore à discuter
Le succès du test féminin ne signifie pas que la réglementation va changer immédiatement pour les rencontres masculines. Une éventuelle réforme devrait répondre aux inquiétudes des forces de l’ordre et préciser ses conditions : lieux concernés, horaires de vente et dispositifs de prévention autour des matchs.
Le débat oppose ainsi deux priorités bien réelles : offrir aux supporters une expérience moins restrictive et préserver la sécurité dans les stades. Pour l’heure, le retour de l’alcool en tribunes reste une proposition, pas une autorisation générale.